souveraineté numérique

Souveraineté numérique et choix logiciels : arrêtons les postures

La souveraineté numérique, on en parle dans tous les appels d'offres. C'est devenu un passage obligé, parfois un argument massue, souvent un mot-valise qu'on agite sans trop savoir ce qu'on met dedans. Le problème, c'est que derrière le discours, la réalité technique et juridique est plus nuancée.

Héberger en France ne protège de rien (ou presque)

C’est l’idée reçue la plus tenace : « mes données sont en France, donc elles sont protégées. » Non.

Le Cloud Act permet aux autorités américaines d’accéder aux données de n’importe quelle entreprise soumise au droit US. Que les serveurs soient à Paris, à Francfort ou à Tombouctou, ça ne change rien. Et le plus gênant : ni l’entreprise cliente ni les utilisateurs ne seront prévenus.

Or c’est exactement la situation de la majorité des organisations aujourd’hui. Salesforce, Microsoft 365, Azure « région France »… Tout ça reste soumis au droit américain. Le drapeau bleu-blanc-rouge sur la page marketing n’y change rien.

Trois dimensions, pas une seule

Réduire la souveraineté à la localisation des serveurs, c’est regarder le problème par le petit bout de la lorgnette. En pratique, il y a trois sujets distincts.

La gouvernance d’abord. À qui appartient l’éditeur ? Sous quelle juridiction tombe-t-il ? Et surtout – c’est un point qu’on oublie trop souvent – où sont les équipes de support qui ont les mains dans le moteur ? Parce que celui qui a un accès root à vos serveurs, c’est celui qui compte.

La portabilité ensuite. C’est probablement le sujet le plus concret. Si vous ne pouvez pas récupérer vos données proprement pour changer de prestataire, vous n’êtes pas souverain. Vous êtes captif. La donnée doit pouvoir vivre indépendamment de l’outil.

L’hébergement enfin. Oui, garder ses serveurs en Europe reste nécessaire. Mais c’est une condition parmi d’autres, pas la solution miracle.

Le 100 % souverain, ça n’existe pas vraiment

Soyons honnêtes : la souveraineté absolue est un fantasme dans la plupart des cas. Sauf si vous gérez des données classifiées défense, chercher le 100 % souverain « quoi qu’il en coûte » revient souvent à se priver d’outils qui marchent, pour des alternatives qui n’en sont pas encore.

L’enjeu, c’est de pousser le curseur le plus haut possible sans dégrader l’expérience utilisateur ni faire exploser le budget. Parfois, accepter un compromis est la décision la plus raisonnable – à condition d’avoir les yeux ouverts : le risque est identifié, le choix est documenté, et les données concernées ne sont pas sensibles.

Le cas de la vidéo, ou pourquoi c’est compliqué

On est bien placés pour en parler. En tant que plateforme vidéo d’entreprise, on se confronte quotidiennement à cette tension.

Pour qu’une vidéo se lance instantanément, sans saccade, depuis n’importe quel bureau ou site distant, il faut un CDN – un réseau de diffusion qui répartit le contenu sur des dizaines de datacenters à travers le monde. Par nature, ça implique de faire transiter de la donnée au-delà des frontières européennes. Même un CDN européen ne peut pas garantir une étanchéité totale sur ce type d’infrastructure.

La seule façon d’avoir une vidéo « souveraine à 100 % », ce serait de couper le CDN. Autrement dit : accepter des temps de chargement qui rappellent les débuts de YouTube en 2006. Personne ne veut ça!

Un critère parmi d’autres, pas un dogme

La souveraineté doit rester ce qu’elle est : un critère de décision important. Au même titre que les fonctionnalités, la qualité du support, l’impact environnemental ou le prix.

Acheter un outil uniquement parce qu’il porte l’étiquette « souverain » alors qu’il ne couvre pas le besoin métier, c’est aussi absurde que de signer les yeux fermés chez un GAFAM par habitude. Dans les deux cas, le choix n’est pas raisonnable.

Ce qu’on fait chez Streamlike

On ne prétend pas avoir résolu l’équation. Mais on essaie d’être lucides sur notre positionnement, et surtout transparents.

Côté gouvernance : l’éditeur, le capital, les équipes techniques et le support sont 100 % français. Pas de maison mère à San Francisco, pas d’investisseur qui pourrait changer la donne.

Côté portabilité : on sépare strictement l’applicatif et les données. Si un client veut partir, il récupère ses contenus. Point.

Côté hébergement : notre datacenter est en Belgique, chez un hébergeur cloud américain. On ne le cache pas. Mais on contourne le risque d’extraterritorialité par du chiffrement des données sensibles, avec des clés conservées sur une infrastructure indépendante et souveraine, en France. C’est un compromis assumé.

Ce positionnement nous permet aussi de proposer un coût de revient bien inférieur à celui des plateformes vidéo anglo-saxonnes, tout en mettant le paquet sur l’écoconception et l’accompagnement. Le logiciel parfait n’existe pas. Mais on peut faire des choix éclairés – et les expliquer.

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